La liberté est-elle possible ?

- Si je suis libre de tout désir, je suis libre, car la seule chose qui puisse m'enchaîner au monde, c'est d'en attendre quelque chose.

- Moi, je considère que je suis libre même si j'ai des désirs. Au contraire. Si jen'ai pas de désirs, comment puis-je savoir si je fais ce queje veux ?

- Pour toi, être libre, c'est pouvoir réaliser tes désirs ?

- Bien sûr, mais pas forcément des désirs matériels. Par exemple...

- Par exemple être libre. C'est un désir. Et si tu es libre, tu peux le réaliser.

- Non. Oui, c'est un désir non matériel, mais je veux dire l'amour, ou le bonheur etc. Ne pas subir de contraintes qui m'empêchent de vivre ce que j'ai à vivre.

- Est-ce que l'absence de désir peut être un désir ?

- Certainement pas. L'absence de désir est un état qui n'a pas à être recherché ni désiré, faute de quoi il est une marque d'orgueil comme une autre. L'absence de désir provient de la conscience d'unité entre soi et l'univers. Tant qu'il n'y a pas ce sentiment d'unité, il y a désirs. Mais ce sentiment d'unité ne peut être un désir. S'il en est un, il est sa propre négation. Je ne peux désirer la paix. Désirer la paix c'est la nier. La paix est unité, non désir.

- Je la recherche néanmoins, même si je ne la désire pas.

- Tout ce qui constitue les attributs du néant : solitude, liberté, infinité, toute-puissance, paix, bonheur, non-conscience, non-désir, non-action etc., tout cela est recherché inconsciemment par chacun de nous et se réalise progressivement au fil de la réalisation ou de la non-réalisation de nos désirs. Mais en aucun cas ils ne doivent devenir des désirs conscients au même titre que désirer un objet ou une possession, car ils ne sont pas de l'ordre de la possession de la personnalité, mais de l'ordre des attributs de l'Etre. Posséder une chose est contradictoire avec l'unité avec cette chose. L'Etre est liberté, il est toute-puissance, il est etc. En aucun cas il ne possède cela. Posséder supposer dualité : moi et objet. L'Etre ne suppose pas dualité. La liberté ne peut être un objet de désir. Si elle l'est, c'est une fausse croyance sur soi-même, la chosification dans le relatif d'une réalité absolue. Celui qui a un désir de liberté ne peut être libre. Seul est libre celui qui la perçoit, indépendamment de toute condition.

- Mais la liberté absolue et divine, moi, je m'en fous. Ce qui m'importe c'est la liberté de tous les jours. Dans mon travail, dans la société etc. Dans mon couple.

- La liberté de tous les jours fait partie des invitations à LA Liberté. Tu ne connaîtras jamais une liberté relative satisfaisante. Il y aura toujours une limite à repousser, et tu rechercheras toujours à la repousser. Jamais tu ne te sentiras libre tant que ta liberté ne sera pas totale et définitive. Toutes tes libertés partielles ne sont là que pour te pousser plus loin vers l'Absolu.

- Mais c'est impossible, la liberté absolue. Ce sera toujours des libertés partielles dans tel ou tel domaine, par rapport à telle ou telle chose.

- C'est pourquoi ce sera toujours un sujet de discussion. Comme tout absolu, il sous-tend nos actions quotidienne à notre insu, il n'est pas réaliste, mais il donne un sens à notre vie.

- Faut-il donc renoncer à LA Liberté ?

- Tu ne peux pas y renoncer. La liberté EST. Elle a toujours été, et le sera toujours. Tu es la liberté absolue. Mais tu n'es conscient que dans la mesure où tu limites toi-même cette liberté en manifestant autour de toi de sujétions qui te permettent de te définir. Tu peux toujours progresser vers le sentiment de ta liberté, et tu progresseras toujours, quelles que soient les circonstances. Mais la liberté, elle, ne progresse pas. Elle est, de toute éternité, et rien ne peut la mettre en cause. Toi seul, par tes peurs, et donc par tes désirs, peux te donner l'impression que tu es plus ou moins libre.

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