LES DIX COMMANDEMENTS DU "LIBERALISME"
par Frank HATEM
d'après une conférence de Ricardo
Petrella*
donnée à l'Université de Bretagne Sud (France) le 7 décembre
1998
LE MONOPOLE, TON DIEU, TU ADORERAS
L'Europe aurait pu être, et devrait être,
une opportunité pour les peuples d'initier une nouvelle
conception de l'Etat au-delà des Etats, et une nouvelle
conception de la société. Au lieu de cela, elle
n'est qu'une opportunité pour les marchés et les
entreprises multinationales, opportunité de se mondialiser
davantage, c'est-à-dire de tendre de plus en plus vers
le monopole mondial, qui est en contradiction flagrante avec les
principes du libéralisme. Le libéralisme suppose
la libre concurrence. Le monopolisme est la fin de toute concurrence
même s'il est l'aboutissement logique du processus. La plupart
des malheurs de nos sociétés proviennent de cela.
COMPETITIF TU SERAS, ET TON PROCHAIN TU ECRASERAS
Dominer le monde est d'ailleurs l'objectif ouvertement
avoué de ces multinationales. Pour y parvenir, il faut
s'appuyer sur le concept de COMPETITIVITE, qui n'est ni plus ni
moins qu'un projet de destruction de l'autre, d'élimination
du concurrent par tous les moyens. Ce concept est admis et reconnu
comme bon par la plus grande part de la population pour son plus
grand malheur.
" Il faut être compétitif ".
Au nom de la compétitivité a lieu un vaste mouvement
d'expropriation de l'humain .dans tous les domaines. Même
l'Université colporte ce concept et s'en fait le complice.
L'étudiant, à la fin de ses études, a parfaitement
intégré cette idée qui va faire de lui un
" tueur ", en attendant, de plus en plus vite,
d'être tué par cette même exigence de compétitivité
qui oblige à se recycler toujours, jusqu'à une limite
d'âge de plus en plus précoce. Il n'en voudra même
pas au système mais culpabilisera simplement de n'avoir
pas su être assez " compétitif ".
A TA RENTABILITE TU VEILLERAS
La mondialisation est avant tout technologique c'est-à-dire
culturelle. Le but est que la vitesse de réaction des capitaux
soit instantanée, que les investissements puissent se déplacer
massivement en temps réel en fonction de la maximisation
de la rentabilité, et ainsi réduire les états
et les peuples en esclavage, à la merci des décisions
de quelques uns, Les nouveaux outils d'échange suppriment
les limites du temps et de l'espace. Cela semble a priori fort
positif. Cela le serait si cette compression n'avait pas pour
objectif de rendre tout très vite obsolète, donc
de contraindre à une mobilité croissante dans tous
les domaines. Il faut être partout en même temps.
Il n'y a plus de territoire qu'on puisse défendre.
Cet espace sans frontières est-il le lieu
d'un village global ? Cette ouverture mondiale est-elle l'occasion
d'une unité entre les peuples ? D'une harmonisation ?
Certes non. Seules les transactions sont véritablement
sans limites et sans contrôle. Ce sont les capitaux qui
sont de plus en plus libre, certainement pas les hommes. Il y
a trente ans, quand on parlait de mondialisme, on imaginait une
société idéale, sans guerres, sans misère.
C'est l'inverse qui a été instauré. Le mondialisme
aujourd'hui est devenu l'ennemi des peuples.
AU PROGRES TU TE SOUMETTRAS
La manipulation mentale par la secte libérale
mondialiste, la plus brutale et la plus pernicieuse qui puisse
exister, ne s'appuie pas que sur le concept de compétitivité.
Elle s'appuie aussi sur une technique d'assimilation du " descriptif "
et du " normatif " : Ce qui est un pur
constat de circonstances devient une norme morale à laquelle
il faut se soumettre si on veut rester dans la danse et avoir
une chance de s'en sortir, une chance de détruire l'autre.
La première norme imposée est celle
de l'économie ouverte : on ne peut aller contre le
progrès technologique. Tout ce qui est possible doit être
réalisé. Le mondialisme découle du progrès
technologique. Il est donc forcément bon. Etre contre le
mondialisme c'est donc être contre le progrès, et
c'est voué à l'échec.
AU MONDE ENTIER TU T'OUVRIRAS
ET AUCUN TERRITOIRE
TU NE DEFENDRAS
On est un bon gouvernement si on favorise le plus
rapidement le règne du marché mondial en y intégrant
et soumettant tous les marchés locaux. Si on veut tenir
compte de l'intérêt local, des familles, des entreprises,
des régions, on est un mauvais gouvernement contraire à
l'ouverture économique et au progrès.
Les seuls protagonistes de cette mondialisation sont
les entreprises de dimension mondiale. Elles seules sont aptes
à gérer les ressources mondiales dans le sens d'une
allocation optimale des capitaux. Il faut donc leur faire confiance.
L'intérêt qui doit être poursuivi est l'intérêt
des multinationales puisque ce sont elles qui ont la capacité
d'accroître la compétitivité. Tout autre intérêt
doit y être subordonné. Dans cet esprit, on a libéralisé
un à un tous les marchés, et on continue. Libéraliser,
c'est déréglementer de sorte que les capitaux puissent
circuler librement et sans la contrainte de se préoccuper
de tel ou tel intérêt local. Toujours au nom de l'ouverture
et de la compétitivité.
TU LAISSERAS LES AUTRES MOURIR DE FAIM
Ainsi, on a libéralisé les marchés
des capitaux, la pêche, l'agriculture, les matières
premières etc. et on connaît le résultat :
l'industrialisation de la pêche et de l'agriculture avec
son cortège de pollution, de chômage, de surexploitation,
de misère en particulier dans les pays sous-développés
et au bout du compte la famine dans des régions entières
du globe. Alors que le discours avait toujours été
que l'" optimisation " des allocations de
ressources avait pour but de donner à manger à tout
le monde. C'est faux de façon flagrante. Le but est le
pouvoir monopolistique sur l'alimentation de l'humanité :
80% des semences sont sous le contrôle d'une seule multinationale
qui s'est arrangée pour faire disparaître 90 % des
espèces de riz et autres céréales au profit
de celles qu'elle contrôle, et les manipulations génétiques
permettent de créer des semences qui ne se reproduisent
pas, c'est-à-dire qui oblige le cultivateur à racheter
la semence à chaque fois. La deuxième génération
n'est plus apte à la reproduction, tel est le but poursuivi.
Avec en vue le chantage à la mort pour l'humanité
tout entière, par des monopoles qui fixeront librement
le prix de tout ce qui est vital. L'esclavage absolu.
UNE MARCHANDISE TU DEVIENDRAS
Même chose pour la libéralisation dans
le domaine culturel. La déréglementation c'est l'universalisation
d'une langue unique, d'une culture unique, en utilisant des moyens
techniques uniformisés contrôlés par un seul
groupe multinational. Le monopole de la pensée est d'autant
mieux programmé que le marché éducationnel
a remplacé l'éducation. Dans ce marché mondial,
le professeur local n'aura bientôt plus de raison d'être
et disparaîtra. On achètera un produit éducationnel
pour sa compétitivité, qui permettra de mettre à
niveau la propre compétitivité de l'acheteur, et
c'est à cela que conduit l'Université en jouant
ce jeu qui fait de l'étudiant un produit à vendre
aux entreprises qui la subventionnent au même titre qu'un
brevet de recherche. Si ce produit n'a pas acquis une mobilité
totale, c'est-à-dire s'il ne se soumet pas à toutes
les déportations, à toutes les flexibilités,
à toutes les contraintes au nom de la compétitivité,
il est déjà bon pour la casse.
TOUTE SOUVERAINETE TU ABANDONNERAS
A quoi sert l'Etat dans ce monde mondialisé ?
A rien bien entendu. Au contraire, l'Etat est l'ennemi naturel
de la mondialisation. Pour que l' " ouverture "
soit totale, il n'a plus le droit de réguler les télécoms,
la culture ou les revenus. Les Etats pourtant jouent le jeu de
la mondialisation afin d'accroïtre leur compétitivité
par rapport à d'autres. La France a toujours dit :
" il faut faire l'Europe car grâce à elle
la France peut garder son rang de puissance moyenne et avoir un
poids dans le concert international ". Cette compétitivité
provisoire est un leurre. Les Belges se demandent : " alors
si l'Europe sert à la France à garder son pouvoir,
quel est l'intérêt de l'Europe pour la Belgique ? "
Et surtout, en s'ouvrant à la mondialisation
pour rester compétitifs, et prendre le meilleur sur d'autres
Etats, les Etats s'ouvrent à leur propre mort. Les gouvernements
ne sont plus que des marionnettes. 82 % des micro-processeurs
sont fabriqués par Intel. 92 % des logiciels sont Microsoft ;
90 % des ordinateurs sont Compaq. 66 % des avions sont Boeing-Mc
Donnell. Etc. etc. Quel poids peut bien avoir un Etat face à
cela ? Quelle marge de décision ? Quelle capacité
à dire " non " ? L'Etat a déjà
perdu ? et malgré tout il continue de jouer le jeu
qui a mené à sa perte. Si la souveraineté
d'Etats comme la France est ainsi proche de zéro, que dire
de la souveraineté d'Etats comme le Mexique ou l'Angola ?
A LA LOI ET A LA MORALE DES MONOPOLES TU TE PLIERAS
Les marchés font la loi et s'autorégissent,
puisque les Etats n'ont plus le droit de les réglementer
du fait d'accords internationaux domaine par domaine. L'AMI qui
devait institutionaliser le tout a été répoussée
par la résistance de certains peuples (notamment en France
grâce au " Monde Diplomatique "). Mais
le fond du problème reste entier.
Plus aucune réglementation nationale n'est
plus souveraine. Un exemple parlant est celui de l'autorisation
de breveter le génôme humain. Jusqu'à présent,
on tentait de limiter les manipulations génétiques.
La barrière aura vite sauté. Le 18 mai 98, du fait
que certains pays autorisent l'appropriation du patrimoine génétique
constitué en laboratoire, qu'il soit végétal,
animal ou humain, la Commission européenne a dû,
afin de préserver la compétitivité à
venir des entreprises européennes, l'autoriser également.
Désormais, des acteurs privés peuvent devenir PROPRIETAIRES
(avec tout ce que cela implique) de tout être vivant animal
ou humain dès l'instant qu'il détient le brevet
du capital génétique créé (modifié)
en laboratoire.
TA MISERE TU ORGANISERAS
Le processus est partout le même : au
nom de la compétition on déréglemente, on
libéralise, puis lorsque cela devient rentable, on privatise.
Au profit d'entreprise qui sont déjà en position
dominante, bien entendu.
On aboutit donc à une société
où des forces privées ont toute la maîtrise
1°) de l'allocation des ressources mondiales
(vers quoi sont dirigés les investissements, avec pour
seul critère de choix la rentabilité à court
terme au détriment de toute notion sociale ou écologique),
2°) de la répartition de la richesse
produite. Elle va bien entendu aux actionnaires.
Depuis les années 78-80, toutes les réglementations
ont été modifiées, dans tous les domaines
de l'économie, dans un sens de libéralisation au
niveau mondial. Il s'ensuit que les gains de productivité
se font de plus en plus au bénéfice du capital,
et de moins en moins au bénéfice des populations
ou du travail.
Du fait que les travailleurs ne tirent leur revenu
que du travail, et que la compétitivité mondialiste
pousse naturellement à la diminution des coûts salariaux,
tandis que les revenus du capital ne cessent de s'accroïtre,
la paupérisation des masses est inévitable, comme
l'accroissement des inégalités. Un nombre de plus
en plus restreint de familles dispose de la quasi-totalité
des disponibilités financières de la planète
(on sait que certains financiers sont capables de déplacer
d'un jour à l'autre des masses financières équivalentes
au budget annuel d'un pays comme la France). Et la répartition
des ressources est désormais confiée au privé.
LA CHANCE DE TA VIE TU LAISSERAS
PASSER
ET A TA LIBERTE TU RENONCERAS
Tout le monde joue ce même jeu de la compétitivité
qui consiste à gagner des parts de marché pour allouer
les ressources mondiales là où le profit est le
plus grand et le plus vite possible. Celui qui gagne prend tout.
Et comme ce sont les Etats Unis qui sont les plus compétitifs
dans le plus grand nombre de domaines, ce sont eux qui instaurent
les règles dont ils bénéficient. Si on demande
dans un pays du Tiers Monde ce que c'est que la mondialisation,
on répond : " c'est l'américanisation ".
Et si on demande à un américain ce que c'est que
la mondialisation (ou " globalization ", il
répond : " c'est nous ".
L'Université est le lieu moderne de la lutte
pour QUI VA DIRIGER. Qui va allouer les ressources et les amasser
au bout du compte. Dans cette compétitivité où
les nations disparaissent, les petits se recroquevillent, se barricadent.
L'intolérance religieuse, ethnique, nationale, sociale,
est accentuée par cette lutte incessante entre les peuples
dont on est complice dès l'instant qu'on fait un choix
de consommation ou qu'on entre à l'Université. Alors
que toute cette énergie, toute cette éducation,
toute cette richesse aurait pu servir à réaliser
une société de paix au niveau mondial.
Le résultat inévitable de
l'ouverture des marchés et de la libéralisation
des transferts de capitaux grâce à la déréglementation,
est l'expropriation de tous les droits et souverainetés
de l'humain. Il s'ensuit une nouvelle
<Déclaration Mondialiste des Devoirs de l'Esclave-Citoyen